Lierre

Cette semaine, en suivant la belle impulsion donnée sur un groupe traitant de la pédagogie Charlotte Mason, nous étudions les plantes d’hiver. Et bien que nous soyons encore en automne, ce thème arrivait à point nommé et pile en même temps que la première neige !

Aujourd’hui, une petite randonnée à travers les vallons enneigés nous a permis de croiser différentes plantes persistantes. Nous avons plus particulièrement observé le lierre qui envahissait avec vigueur de grands arbres. Nous en avons même vu les fruits, qui régaleront oiseaux et petits rongeurs mais s’avèrent toxiques pour l’homme.

De retour chez nous, nous avons cueilli du lierre dans notre cour, car je souhaitais justement refaire de la lessive gratuite, écologique et zéro déchet ! Avant d’en plonger les feuilles dans ma marmite pour cette préparation, nous les avons observées encore un peu plus et les enfants ont inauguré leur cahier de nature avec croquis et notes.

Un beau moment, inespéré je l’avoue ! Cette activité aurait été une corvée il y a quelques mois encore, mais mes enfants m’étonnent en ce moment par le plaisir qu’ils trouvent enfin à écrire.

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Dans les jours à venir, nous étudierons un poème sur cette plante. Ce texte est trop long pour que je leur demande de l’apprendre, nous allons simplement le lire et le décoder ensemble car je trouve qu’il s’adapte vraiment bien à notre exploration du moment et à la saison actuelle. Nous en profiterons pour en découvrir l’auteur.

Le lierre

 

Lorsque la pourpre et l’or d’arbre en arbre festonnent
Les feuillages lassés de soleil irritant,
Sous la futaie, au ras du sol, rampe et s’étend
Le lierre humide et bleu dans les couches d’automne.

Il s’y tasse comme une épargne ; il se recueille
Au cœur de la forêt comme en un terrain clos,
Laissant le froid givrer ses ondoyants îlots
Disséminés au loin sur une mer de feuilles.

Pour le passant distrait il boude et il décline
Le régulier effort des œuvres et des jours ;
Pourtant seul sous la terre il allonge toujours
Le tortueux réseau de ses courbes racines.

Sa force est ténébreuse et ne se montre pas :
Elle est faite de volonté tenace et sourde
Qui troue en s’y cachant tantôt l’argile lourde,
Tantôt le sable dur, tantôt le limon gras.

D’après le sol changeant il ruse ou bien s’exalte,
Il se prouve rapide ou lent, brusque ou sournois ;
Son chemin tour à tour est sinueux ou droit ;
Il connaît le détour, mais ignore la halte.

Et, dès le printemps clair, si quelque tronc ardent
Étage auprès de lui ses branches graduées,
Vite il l’assaille et mord son écorce embriquée
Avec l’acharnement d’un million de dents.

Humble et caché jadis sous la terre âpre et nue,
Son travail aujourd’hui se fait dominateur,
Il s’adjuge l’élan et bientôt la hauteur
De l’arbre qu’il étreint pour monter jusqu’aux nues.

Il frémit de lumière et s’exalte de vent,
Sa force est devenue ardente et fraternelle,
Son feuillage léger comme un vêtement d’ailes
Le soulève, le porte et le pousse en avant.

Chaque rameau conquis lui est support et proie ;
Pourtant, ayant appris sous terre à se dompter
Au point de ne lâcher jamais sa volonté,
Il est si sûr de lui qu’il domine sa joie.

Toujours il tord à point sa multiple vigueur,
Fibres après fibres, au creux des moindres fentes,
Et n’écoute qu’au soir tombant les brises lentes
Chanter en lui et l’émouvoir de leurs rumeurs.

Et quand toute son œuvre un jour sera parfaite
Et qu’il ne sera plus qu’un végétal brasier
Serrant en son feuillage un arbre tout entier,
Immensément, depuis les pieds jusqu’à la tête,

Il voudra plus encore et ses plus fins réseaux
N’ayant plus de soutiens s’élanceront quand même,
Dieu sait dans quel élan de conquête suprême,
Vers le vide et l’espace et la clarté d’en haut.

Déjà l’automne aura mêlé l’or et la lie
Au funéraire arroi qui précède l’hiver
Que lui, lierre touffu, compact et encor vert,
Jusqu’au vol des oiseaux dardera sa folie.

Alors, plus libre et clair que ne l’est la forêt,
Il oubliera gaiement qu’il lui est tributaire,
Mais qu’il boive un instant la plus haute lumière,
Qu’importe qu’il s’affaisse et qu’il retombe après !

Émile Verhaeren

 

Nous étudierons également des tableaux de Matisse, découvrirons cet artiste et ferons une activité artistique « à la manière de… ».

« Lierre »
https://i2.wp.com/wisebuyart.com/images/DSCF1015.JPG
« Lierre en fleur »
https://i1.wp.com/www.corriere.it/speciali/gallerie/pinacoteca_agnelli/images/17MATISSE4.jpg
« Lierre en fleurs »

Et si vous voulez faire de la lessive au lierre (qui est la seule que nous utilisons depuis plusieurs mois !), il vous suffit de déchiqueter ou couper aux ciseaux une cinquantaine de feuilles de lierre pour un litre d’eau, de faire bouillir le tout pendant vingt minutes, puis de laisser infuser durant toute une nuit. Filtrez ensuite cette décoction, en prenant soin de bien presser les feuilles pour en extraire le maximum de jus, et transvasez-la dans un bidon. Un verre de ce liquide dans le tiroir à lessive de votre machine à laver, un cycle à 40 °C, et votre linge sera propre !

 

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